« Il est temps de tourner dos à ces produits intoxiqués en l’occurrence les concentrés de tomates qu’on nous envoie de l’extérieur », Adegnon Komlan, Directeur du Centre Agropastoral EMMANUEL KOM

L’Afrique possède des matières premières qu’elle peut transformer localement. Mais les pays africains sont encore, pour la plupart, dépendants des importations des produits agroalimentaires à cause du manque d’infrastructures industrielles pour conserver ou transformer les denrées alimentaires comme la tomate. Cette situation provoque généralement une baisse de l’offre, avec pour conséquence l’augmentation des prix des denrées sur le marché. Par ailleurs, les habitudes de consommation des ménages intègrent de plus en plus des dérivés de tomate comme les concentrés de tomates fabriqués à l’extérieur. Une opportunité d’affaire pour ceux qui veulent entreprendre dans la transformation de tomate sur le continent africain comme ADEGNON Komlan Rémi, Géographe Ruraliste de formation. Le jeune togolais en a justement fait montre dans cet entretien avec Vert-Togo.

Vert-Togo : Pouvez-vous vous présenter ainsi que votre structure?

AKR : Je suis ADEGNON Komlan Rémi, Géographe Ruraliste de formation, expert en développement communautaire, coach formateur en entrepreneuriat du développement. Je suis le fondateur et Directeur du Centre Agropastoral EMMANUEL KOM.

Le CENTRE AGROPASTORAL EMMANUEL KOM est une entreprise spécialisée dans l’agroalimentaire. Nous avons au sein de notre structure trois départements :
_ Un département pour la transformation des produits tropicaux périssables (la transformation de la tomate en concentré de tomate dont la marque est TOMATE RETO, la transformation des fruits comme l’ananas, le fruit de la passion et la carambole en jus embouteillé tout ceci de façon naturelle et bio) ;
_ Un département de la production animale et végétale (élevage des volailles, lapins et culture des légumes) et
_ Un département pour l’aquaculture.
Le Site du Centre Emmanuel est situé à Vogan mais notre direction est basée à Lomé plus précisément à Djidjolé .

V-TG : Pourquoi avoir décidé d’entreprendre dans la transformation des tomates ?

AKR : La culture de la tomate est l’une des cultures les plus répandues en Afrique et en particulier au Togo. Le constat est que cette denrée alimentaire produite par les paysans pourrit chaque année faute de preneurs entraînant la paupérisation de nos chers parents.
D’un autre point de vue, la quasi-totalité des concentrés de tomates sur le marché ouest africain est produite en chine ; chose anormale si nous voulons créer des emplois et construire une économie compétitive. Et d’ailleurs nous avons toutes les preuves des conditions sanitaires douteuses dans les usines de fabrication et de conservation de ces tomates mélangées avec des colorants.

Le centre Agropastoral Emmanuel se fixe comme défi de lutter farouchement contre ce phénomène cyclique en transformant la quasi-totalité des tomates cultivées au Togo en concentré de tomate Made in Togo.

V-TG : Est-ce seulement d’un point de vue économique que vous avez pris cette initiative ?

Il est temps que nous tournons dos à ces produits intoxiqués en l’occurrence les concentrés de tomates qu’on nous envoie de l’extérieur. Pour moi, les togolais ont droit à de meilleurs produits agroalimentaires. Les togolais ont droit à une meilleure santé et de surcroît ont le droit de vivre longtemps. En un mot, opter pour le concentré de tomate bio, RETO, c’est opter pour une excellente santé de mes compatriotes

V-TG : En ces temps de crise sanitaire comment vous approvisionnez-vous en matières premières?

Notre système de production est tel qu’en période d’abondance nous faisons un stock assez conséquent pour satisfaire les clients en temps de pénurie. Donc actuellement nous avons assez de stock pour satisfaire tous nos clients.

V-TG : Avez-vous reçu un accompagnement dans la mise sur pied de votre structure ?

AKR : c’est le lieu de tirer le chapeau au Chef de l’État Togolais, au ministre de l’agriculture et à tout le personnel du MIFA sans oublier son Directeur Général pour leur engagement dans la transformation et la modernisation de l’agriculture togolaise.
Le Centre EMMANUEL a reçu un appui financier du ministère de l’agriculture par l’entremise du Mécanisme Incitatif de Financement Agricole basé sur le partage de risque (MIFA). L’enveloppe financière s’élève à 37 000 000 FCFA. Et il faut dire que nous sommes fièrs de cette enveloppe et cela constitue pour nous un défi de faire preuve d’excellence.

VTG : Combien s’élève votre chiffre d’affaires mensuel ? Et avec la pandémie du Covid-19, quel est le point aujourd’hui?

AKR : Nous avons des périodes de forte vente et cela correspond aux périodes de rupture de la tomate fraîche sur le marché. Ces périodes courent de mars à juillet. Si nous comparons notre chiffre d’affaire des mois de Mars et Avril et Mai de l’année 2019 celui de l’année 2020, nous notons un recul de 80%

V-TG : Comment ça se passe la livraison et la vente de vos produits?

AKR : Au sein de notre entreprise nous avons un service commercial. C’est donc le service commercial qui s’occupe de la distribution. Nous faisions des livraisons à domicile, des dépôts-ventes sans certaines boutiques et points de vente ou encore certains clients passent à la direction sise à Djidjolé derrière MINT HOTEL pour faire les achats.

V-TG : Quel est votre mot à l’endroit du gouvernement pour améliorer la situation des entrepreneurs dans l’agroalimentaire au Togo ?

AKR : Premièrement à l’endroit de la population,je conseille d’opter pour les produits locaux et surtout la tomate RETO, c’est un produit du terroir. C’est un produit des paysans togolais et cela doit être une fierté pour nous. Et si nous achetons ce qui vient de l’extérieur nous enrichissons ces entreprises au détriment des nôtres.

Et à l’endroit du gouvernement, le secteur agropastoral demeure un levier incontournable dans l’émergence économique du Togo. A cet effet un regard particulier doit être porté à ce secteur. En effet le visage d’une économie s’observe à travers la boutique qui est dans le quartier, et si dans ces boutiques il manque des produits du terroir alors notre économie est sous perfusion. Nous sommes à l’heure de la chaîne des valeurs et aujourd’hui le gouvernement doit donner un coup de main aux acteurs de l’agroalimentaire afin que ces entreprises puissent créer autant d’emplois et survivre. Je recommande au gouvernement d’agir afin que les institutions de la république à l’instar des armées, des cantines scolaires, les camps de détentions puissent acheter nos produits locaux. Des pays comme la Thaïlande l’ont expérimenté et ils sont devenus aujourd’hui des pays émergents.

Interview réalisée par Edem Kolani

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