Au-delà des COPs, l’espérance de la ville durable en Afrique

L’urbanité africaine est complexe à définir. Riche de multiples atouts, elle est également dénuée de segments d’identification, et parfois, de logique d’ensemble. Penser la ville africaine et, qui plus est, la ville durable, sur ce continent, revient bien souvent à entreprendre un chemin sinueux. Si la ville africaine reste un objet assez peu abouti dans la structuration des pays africains en constant chantier, la ville durable offre plus aisément une foison d’opportunités sociales, économiques et culturelles quand la volonté et le dynamisme politiques appuient son avènement. Ainsi, entre défis climatiques et nécessaire prospective, l’heure est à la mobilisation des énergies pour figer un cap décisif et construire des villes durables. Au-delà de la COP.

L’espace des espoirs pour sauver toutes les espèces

La COP 27 qui s’est ouverte le 6 novembre 2022 à Charm el-Cheikh en Egypte et qui vient de s’achever est de l’avis de plusieurs observateurs une consécration des échecs globaux et d’un multilatéralisme climatique et environnemental à bout de souffle. A l’origine, la COP vise à mobiliser les contributions des milliers de participants s’y retrouvant, issus de la sphère politique, du secteur privé et de la société civile, dans le but de projeter de nouvelles ambitions en vue de faire avancer l’action climatique mondiale. Cette année, l’extraordinaire mobilisation de la société civile aura poussé dans ses derniers retranchements les décideurs politiques à davantage de solidarité envers les pays dits du Sud et essentiellement l’Afrique qui, faut-il le rappeler, émet à peine de 4% des gaz à effet de serre mondiaux mais subit de plein fouet les bouleversements climatiques.

Dans un contexte général de crises politique, sociale, économique, sanitaire et sécuritaire, il apparaît clair que la plus grande crise, et la plus longue, que le monde soit appelé à traverser reste la crise climatique. Devrait-elle continuer à être traitée à la marge des défis cruciaux qui configurent le destin de l’humanité et la survie certaine des espèces végétales, animales et humaine ?

Le réchauffement planétaire est une donnée perceptible dans ses effets néfastes manifestés par l’aggravation globalisée des phénomènes météorologiques extrêmes. Il reste donc au cœur des principales décisions étudiées aux diverses Conférences des parties. En l’occurrence, la COP 26 a permis de proposer un plan pour maintenir la hausse des températures en deçà de 1,5 degrés au cours de la prochaine décennie. Mais si la COP 27 suscitait autant d’espoir dans le rang plus évident des jeunesses fortement mobilisées et conscientes des drames incalculables d’un effondrement du climat en tout temps et en tout lieu, la fermeté des solutions espérées est apparue comme le bémol de fin.

Ces solutions, il pouvait en être envisagé davantage. Le plan pour la sauvegarde du couvert forestier du bassin du Congo en est un exemple louable, car il s’agit du deuxième poumon vert planétaire après l’Amazonie. Mais avec la transition énergétique dont le caractère pressant se fait de plus en plus ressentir, et devant l’urgence d’agir, il apparaît que le lieu exact pour ce faire reste l’espace urbain, dont la résilience est absolument fondamentale à la réduction des émissions globales de gaz à effets de serre. Il eut été plus judicieux de mobiliser plus gravement la contribution l’urbain dans la résilience des pays africains aux effets du changement climatique, car la ville présente en plus l’avantage de concentrer sur une superficie, l’ensemble des enjeux qui, de toutes parts, la sollicite.

De fait, pour donner de l’espoir aux communautés qui, à travers le monde, subissent la ville, les mesures post-COP27 à édicter devraient s’approprier le contenu urbain des sociétés en ciblant leurs réalités communes pour renforcer leurs capacités d’adaptation et d’atténuation internes aux changements climatiques. Qu’il s’agisse de migrations, d’étalement urbain, de salubrité, d’assainissement, de sécurité ou d’habitat, les villes rencontrent des difficultés similaires à des degrés divers. Au rang de celles-ci figure en bonne place la question démographique - et son nouveau standard à huit milliards d’unités -, différemment traitée, mais motrice de transformations de toutes sortes, utiles ou non. Celle-là impose la nécessité de considérer une action meuble des possibles du plus grand nombre. Car le véritable espoir naîtra de l’engagement ou ne sera pas. Avons-nous le choix ?

L’urgence de réinventer l’urbain, les pays africains en lice

Les défis urbains se déploient pour partie, et de façon nettement plus grave en Afrique parce qu’ils ont des effets directs sur les autres contrées du monde. Alors qu’en Afrique, la ville ne fait pas consensus dans sa définition, la démographie galope. Par endroits, les soubresauts politico-sécuritaires et les conséquences des changements climatiques inondent les routes de l’exode et les flux migratoires s’enveniment d’une dangerosité plus accrue, car ils impactent directement les villes de destination, à travers l’étalement urbain, l’exposition aux habitats spontanés et/ou précaires, la pollution, la densification des périphéries. Tout cela contribue à (re)dessiner, in fine, les contours urbains, et modeler des morphologies urbaines en évolution constante, drainées par les couronnes périurbaines. Notons également que l’habitat précède presque toujours l’urbanisme, et que nombre de villes restent encore dépourvues de vision à long terme de leur développement parce que ne disposant pas d’outils de planification et de prospective. Cela entérine donc à moult égards une difficulté de contrôle et de gouvernance.

À ces constats non exhaustifs, nous pouvons aisément soulever un certain nombre de problématiques qui s’adossent, quant à elles, aux enjeux sanitaires et défient au quotidien l’assainissement, lequel est lourd d’une insuffisance infrastructurelle et des effets de l’incivisme. De là, il est également possible de percevoir la question de l’eau et de son inégale disponibilité à l’échelle des territoires, dans la perspective risquée à court, moyen et long terme, selon les lieux, du stress hydrique qui monte en puissance sous l’influence des changements climatiques.

Nous ne pouvons, non plus, ne pas interroger le couvert végétal dont l’Afrique des villes à plus que jamais besoin, qui recule sous la pression de l’urbanisation et des grands projets tout en redéfinissant avec contraste et mitigation la notion de paysage, alors que l’arbre peut apporter plus d’ombre, créer des puits de carbone et attirer des aménagements.

Il apparaît donc, sans aucun doute, et sous réserve des questions de mobilité, d’économie circulaire, de performance énergétique, que la ville soit l’endroit indiqué de la bataille climatique. L’urgence de la considérer comme tel et de construire les chemins de sa transformation durable oblige les décideurs et les acteurs du développement, mais pas que. Monsieur et Madame tout le monde sont invités d’honneur au rendez-vous de l’engagement.

Aussi vrai qu’ils soient les premiers à donner du sens et des ailes à la nécessité de « faire société » pour « faire ville » et surtout »faire ville durable » en Afrique.

L’heure de faire foule

Eu égard au descriptif relevé ci-haut et aux enjeux qui viennent, tous aussi critiques les uns que les autres, mus par le changement climatique ; la nécessité de faire foule pour faire barrage au réchauffement planétaire tout en consolidant la résilience urbaine des villes africaines est apparue manifeste. En ce sens, l’engagement individuel vaut responsabilité collective face à l’urgence tant relevée.

De là, le plaidoyer « Ma patrie c’est la ville durable », autrement appelé »le plaidoyer des cents » a vu le jour à l’initiative de l’association Construire pour demain, pour attirer un regard plus vif, plus conscient et plus profond sur les enjeux, risques et défis qui entourent l’urbanité africaine de l’heure, ainsi que son devenir. Réalisé avec la contribution d’une centaine de personnes, cet acte commun et solidaire d’engagement dans le sens de la sensibilisation et de l’invite du public à l’action climatique urbaine, fait écho aux questions centrales de la COP27. Ici, il est, en effet, question de disséquer les défis urbains et de leur apporter des pistes de solutions dans ce que peut la ville durable.

En clair, en plaidant pour le développement de villes durables en Afrique, les participants à ce projet souhaitent par-dessus tout marquer l’importance de tirer vers le haut et de hisser la valeur, nécessaire à la réinvention de l’urbain. Dans cet élan, ils ont questionné l’engagement en associant cette notion à la mesure de ce qui la conditionne tout à fait intrinsèquement, à savoir le sentiment d’engagement. Dans ce cas, ils l’ont théorisé, pour l’urbain africain de demain, comme devant résulter de l’idée supérieure d’une ville-patrie, vectrice de cohésion et de mixité sociale, d’actions concrètes et surtout d’appartenance. Pour aller plus loin, le plaidoyer suggère que la véritable ville, celle qu’on doit aimer, à laquelle il faut s’attacher et sur laquelle il faut agir, est celle qui se trouve, partout où l’on est, sous les pieds, sous les yeux et à portée de main. Dès lors la dimension du plaidoyer, parti du contexte africain, est devenue mondiale, pour tous.

Alors que le monde est lié par une destinée commune et que les effets des changements climatiques, bien qu’inégalement répartis sur la surface terrestre impliquent des enjeux qui donnent du sens à la notion de communauté mondiale et aux Conférences des parties, le véritable vœu du plaidoyer des cents est d’envisager une communauté mondiale de la bataille climatique urbaine. Pour un lendemain meilleur. En Afrique et au-delà.

Par Beaugrain Doumongue Ingénieur du bâtiment et se définit davantage comme un « socioingénieur », du fait de son engagement au profit du développement des bâtiments et villes durables en Afrique. Président de Construire pour demain, association de promotion des bâtiments et villes durables en Afrique, il est aussi fondateur de StarkSolutions, cabinet de conseil en intelligence territoriale et directeur du développement du groupe scientifique SIGMA. Il est également enseignant et conférencier en écoles d’ingénieurs sur des thématiques liées à la conception bioclimatique, aux enveloppes à matériaux biosourcés et à l’efficacité énergétique des bâtiments.

Régis Hounkpè Enseignant et analyste en géopolitique, Régis Hounkpè est fondateur et directeur exécutif d’InterGlobe Conseils, cabinet-conseil spécialisé en communication stratégique et expertise géopolitique. Régulier chroniqueur dans la presse nationale et internationale sur les dynamiques géopolitiques et diplomatiques, il est un fervent croyant d’une Afrique délestée de toutes les tutelles et mieux intégrée sur la scène mondiale et multilatérale. Il est Conseiller spécial de Construire pour demain et co-fondateur de StarkSolutions.

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